La sculpture à la rencontre du grand public
Par Webmaster, mardi 12 août 2008 à 09:06 :: General :: #76 :: rss
L'artiste italien, Maurizio Toffoletti, expose ses œuvres à ciel ouvert
Quelque 50 tonnes de marbre de Carrare, une ville qui doit sa renommée mondiale au marbre blanc, extrait des Alpes Apuanes toutes proches, et utilisé par de grands sculpteurs tels que Michel-Ange.
Plusieurs grandes statues dressées au milieu de sites historiques majestueux : Chellah, Place 16 Novembre, non loin de la Tour Hassan et l'avenue Mohammed V au centre-ville, en face de la Poste. Une exposition qui a demandé à son auteur 15 jours de montage et qui va lui en redemander autant pour le démontage. Voilà donc l'exploit réalisé par le sculpteur italien, Maurizio Toffoletti, qui expose ses œuvres du 25 juillet au 25 septembre à Rabat. Toutes ces pièces sont aujourd'hui à la disposition de la ville de Rabat. Le public pourra voir aussi une partie de cette expo à l'Institut culturel italien. C'est la première fois qu'un artiste italien a eu l'autorisation d'installer ses œuvres en plein air dans la capitale. Cette exposition qui est placée sous le Haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, a pour objectif de changer cette perception élitiste de l'art et lui permettre d'aller à la rencontre du grand public.
«La spécificité de cette manifestation est due au fait qu'elle n'est pas seulement une reconnaissance de l'œuvre d'un artiste italien doué d'une grande énergie créative, mais aussi d'un lieu qui accueille ses créations. La ville de Rabat rend vivants, jour et nuit, avec le changement de la lumière, ces signes en marbres blancs, dotés de force et d'élégance, d'un élan et de racines puissantes à l'entrée de Chellah, du Mausolée Mohammed V, ces sculptures qui nous font apercevoir la ville avec un nouveau regard », souligne Giorgio Salerno, directeur de l'Institut italien à Rabat. La chose la plus étrange de cette expo, c'est que toutes ses pièces ont bien intégré le lieu dans lequel elles ont été dressées. Dans la chaleur de l'après-midi, le public n'hésite pas à venir chercher un peu de fraîcheur auprès des statues. « On dirait que ces pièces ont été réalisées exprès pour cette place. Elles ont toutes épousé le paysage. Les gens n'hésitent pas à venir s'asseoir à côté pour chercher un peu d'ombre.
Vous pouvez également constater qu'il y a des sculptures-lumières qui laissent passer à travers elles les rayons du soleil, comme pour saisir le temps afin de vivre le présent. Il y a aussi des sculptures sonores, qui laissent échapper des sonorités lorsque vous passez votre main dessus», lance M. Toffoletti, qui ajoute que l'idée d'exposer à Rabat est le début d'un projet de création d'un rendez-vous artistique dans la capitale à l'instar de la Biennale de Venise et aussi visant la promotion de l'art dans les écoles dès le plus jeune âge. Autres grands projets pour ce tailleur de pierre, la sculpture d'une fontaine pour la ville de Varsovie et une œuvre au bord de la Seine pour la commune de l'Ile-de-France de Levallois. De formation classique, ce jeune sculpteur a la maîtrise du marbre jusqu'à en exalter toutes les sensations. D'où sa quête de la lumière et de la sonorité. Les sculptures monumentales, taillées dans des blocs de marbre, à la main, à l'aide de l'outillage récent (disqueuse, ciseaux diamantés, marteau piqueur) révèlent au public la précision et la force d'exécution et mettent en évidence la démarche volontaire et originale de l'artiste.
Dans la sculpture contemporaine, il n'existe plus de concept de partie antérieure et postérieure. En effet, en regardant l'œuvre sous des angles différents, surgit à chaque fois une nouvelle sculpture. «Au début, mes sculptures étaient polies à l'excès. Le fait d'avoir cette surface si belle et si parfaite m'a empêché de voir la force de la matière. C'est pourquoi j'ai commencé à laisser apparaître un aspect brut et plus naturel», ajoute M. Toffoletti. Mais qu'est-ce qui fait courir le succès derrière ce jeune artiste ? Il semble que son œuvre représente une synthèse entre la grande tradition de la sculpture italienne, depuis Michel Ange jusqu'aux tendances contemporaines des sculptures, telles que Brancusi. Toutefois, certains racontent que son premier maître moderne fut Henry Moore, lui-même amplement inspiré par les grands mythes helléniques et par l'espace lumineux de la Méditerranée homérique.
«Un mot magique chez lui résume tout, c'est le mot musique, lequel se confond avec le mot lumière. Ces deux vocables fondus en une seule acceptation ouvrent à l'accession de l'œuvre de Toffoletti. La matière première, tout en gardant sa nature et sa masse, se trouve visitée et métamorphosée. Pesante, appuyée sur le sol, elle aspire à la volatilité, désigne en se dépliant, en s'aérant, en se hissant, et s'élevant, un point crucial, dont l'accès se situe à l'infini, tout compte fait ainsi se développant comme fait la plante, qui, puisant sa substance dans les ténèbres minérales, s'accroit verticalement en buvant lumière et rosée », indique l'écrivain et grande voix de la radio au Québec, Robert Marteau.
La Florence du Sud
Né en 1961 à Lecce, la Florence du Sud italien et père de deux fillettes, Maurizio Toffoletti, est installé depuis 1989 à Paris où il partage son temps entre la capitale française et la ville de Carrare.
Il participe activement à la vie culturelle parisienne et continue d'exposer comme ce fut le cas dans plusieurs galeries (Denise René, Enrico Navarra.) ou dans des Biennales. L'autre façon de montrer son art, c'est d'installer également ses sculptures monumentales sur des places réputées de Paris : Saint-Germain des Prés, Odéon, Jardins du Luxembourg, etc. C'est en 2005, qu'arrive la consécration de son œuvre avec l'exposition « Gouttes de lumière », à la Place Vendôme. A présent ses œuvres ont pris place dans des collections privées et publiques en Europe, aux Etats-Unis, au Japon, Taïwan et dans d'autres pays.
Par Rachid Tarik | LE MATIN
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